Korhani gagne d’importants clients grâce à un écologo

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Le jour où un détaillant majeur a annoncé son intention de faire une place d'honneur aux produits écolos dans ses magasins, Korhani était fin prêt et lui a déroulé le tapis... vert, conforme à ses préoccupations environnementales.

Marc-André Déom, vice-président aux ventes et à la production chez Korhani, à SorelDans la vaste usine de Korhani, à Sorel, d'énormes métiers à tisser numériques s'alimentent à des milliers de bobines de fil pour ensuite faire apparaître, sous nos yeux, des tapis aux chaudes couleurs de terre, ici, aux gaies couleurs vives, là-bas.

Marc-André Déom, vice-président aux ventes et à la production, nous entraîne vers l'un de ces métiers, celui qui fabrique la gamme de tapis certifiés par TerraChoice et porteurs du logo « Choix environnemental » du gouvernement du Canada.

Ces tapis ont fait le bonheur de ce détaillant lorsqu'il a décidé de prendre le virage vert, il y a deux ans. La rencontre annuelle avec ses fournisseurs s'était déroulée sous le thème de l'écologie et la maison-mère souhaitait réaliser un coup d'envoi spectaculaire. Il lui fallait des produits respectueux de l'environnement dans ses rayons. Et rapidement.

« L'acheteur du département des couvre-planchers m'a appelé peu après, raconte Marc-André Déom. Il devait faire une présentation sur les produits écologiques et il n'en avait aucun. Je lui ai envoyé de l'information sur nos tapis. La présentation a eu lieu le jeudi. Le lendemain, deux carpettes Korhani étaient listées chez Rona. »

D’énormes métiers à tisser numériques s’alimentent à des milliers de bobines de fil pour ensuite faire apparaître, sous nos yeux, des tapis aux chaudes couleurs de terre.

Si Korhani avait attendu que son client exprime ses besoins en matière de produits verts avant de lancer son processus de développement de son produit, il serait probablement encore en train d'essayer de concevoir un tapis certifié Écologo.

Car l'aventure de Korhani au pays des écologos est une longue odyssée qui a mis à l'épreuve l'endurance de Marc-André Déom et de son équipe. « C'est l'histoire d'une vingtaine d'obstacles vécus en deux ans », résume le patron de l'usine, avec le sourire humblement triomphant de celui qui revient de loin.

L'idée de départ

Son idée de départ est toute simple : récupérer les retailles de carpette et les réintroduire dans la production. Bref, transformer les pertes en produit vendable. Ses patrons, la famille Korhani, qui dirige l'entreprise à partir du siège social à Toronto, seront certainement ouverts à la perspective de rentabiliser des déchets.

Marc-André Déom, urbaniste de formation, avait pris conscience des problèmes environnementaux en participant aux ateliers de l'EnviroClub de sa région. « J'ai encore le cartable de ces ateliers à portée de main et je le consulte régulièrement. » Puis, il a établi un diagnostic d'écoconception portant sur les matériaux entrant dans la fabrication des tapis, avec l'aide de Natalie Blouin, conseillère en développement durable et experte en écoconception, à l'Institut de développement de produit.

Sa première tentative pour trouver un avenir aux retailles prend la forme d'un petit tapis de jute très joli. Le hic, c'est qu'en le vendant au prix standard, il n'est pas rentable. Par-dessus le marché, il fait concurrence aux autres carpettes de Korhani, privant ainsi l'entreprise de ventes rentables. Le seul avantage est qu'on ne jette plus le jute. Ce projet ne tient pas la route.

Deuxième essai : le même tapis, auquel on a ajouté un motif sans augmenter le coût de production. Cette valeur ajoutée permettra, espère-t-on, de le vendre plus cher. Mais ça n'est malheureusement pas l'avis du consommateur.

Troisième essai : on ajoute une feuille de PVC sous la carpette, qui se transforme du coup en un tapis utilitaire. Le prix de détail suggéré : 12,99$. Mais les clients auxquels on l'a soumis disent « Non ».

À cette étape, on revient au tapis du deuxième essai, auquel on ajoute de la laine, un matériau résistant, naturel, renouvelable et très prisé par les amateurs de carpettes de qualité. Ce nouveau modèle est allé enrichir l'offre de Korhani...et a fait un flop ! Nous sommes alors en 2006. Korhani réalise que le « produit naturel » n'est pas encore un critère d'achat pour le consommateur.

« Chaque fois, je repartais avec mon petit bonheur et je me remettais au travail », dit Marc-André Déom. Le fait que les décisions concernant les projets R-D se prennent à Toronto ne l'aide en rien. Il doit mener son projet « par la bande », parallèlement à toutes ses autres tâches.

À la recherche de l'écologo

Il décide de présenter ce tapis fait de matières naturelles à TerraChoice, dans l'espoir d'obtenir une certification, ce qui rehaussera la valeur du produit. « C'est à ce moment que j'ai eu mon cours d'écologo 101 », dit-il. Il réalise avec stupéfaction que la matière naturelle et renouvelable n'est pas un avantage reconnu. D'après les critères de TerraChoice, il faudrait une carpette fabriquée à partir de matière recyclée, aussi résistante que les tapis commerciaux et industriels. Ce qui est impossible.

Marc-André Déom n'a plus qu'une avenue : convaincre TerraChoice de créer des critères qui tiennent compte des spécificités des couvre-planchers. L'usure, en particulier, pose problème, car une carpette décorative est tissée avec des fils qui sont ensuite coupés. Elle ne sera donc jamais aussi résistante qu'un tapis commercial, dont les fils sont bouclés. Après de longues séances de travail et d'innombrables appels téléphoniques, il gagne son point. Le lancement de la nouvelle catégorie pour la carpette décorative a lieu en septembre 2008.

Que faire des retailles ?Que faire des retailles ?Il ne lui reste plus qu'à modifier son produit pour se conformer aux nouveaux critères (voir encadré, page 4). Par exemple, ses tapis doivent contenir 40 % de matière recyclée ou renouvelable. Les fils avec lesquels sont tissés les tapis sont des fils de plastiques faits à partir de granules de plastique vierges. Marc-André Déom se tourne vers son fournisseur, qui est justement en train d'adopter une démarche en développement durable. Ce dernier réussit bientôt à lui fournir des fils contenants jusqu'à 50 % de plastique recyclé.

Par ailleurs, le jute entrant dans la confection des tapis est une matière facilement renouvelable, un peu comme le bambou, qui pousse très vite. C'est un bon point.

Korhani doit aussi s'attaquer à deux autres problématiques : 1. les tapis contiennent des produits chimiques prohibés par TerraChoice; 2. ils dégagent des émanations elles aussi prohibées, soit des COV ( composés organiques volatils ) et du formaldéhyde. Au départ, le latex naturel bouchait les tuyaux.Au départ, le latex naturel bouchait les tuyaux.Les produits chimiques sont contenus dans le latex servant à coller les fibres, sous le tapis. Il faut donc trouver un latex qui en soit exempt.

Le premier essai tourne à la catastrophe : le nouveau latex naturel colle très bien les tapis, mais on se rend compte qu'il colle également trop bien aux tuyaux de la machine distributrice de latex, qu'il bouche complètement. La machine coince sans arrêt. Au moment où Marc-André Déom est au bord du découragement, on met au point la formule gagnante. Hourra !

Un tapis avec écologo mais pas plus cher

Tous ces efforts permettent de décrocher l'écologo, ce que désirent les patrons de Toronto, à un point tel qu'ils impriment le logo sur leurs cartes d'affaires. Ils savent que l'avenir est aux produits certifiés et responsables. Au bout du compte, le tapis certifié ne sera pas vendu plus cher que les autres.

C'est en décembre 2008 que Korhani a finalement été certifiée et a obtenu le logo Choix environnemental du gouvernement du Canada, la fameuse feuille d'érable abritant une nichée d'oiseaux. Le programme s'adressant aux carpettes décoratives est le CCD-152G. Le programme Écologo est reconnu internationalement. Il est analysé par le Global Ecolabelling Network (GEN) et il respecte les critères ISO14024 pour l'écocertification.

Cette certification arrive au moment où de plus en plus de consommateurs se sentent aujourd'hui prêts à poser des gestes en faveur de la protection de l'environnement. les carpettes certifiées de Korhani sont vendues chez les grands détaillants comme Wal-Mart, Zellers et Rona.

« Nous sommes actuellement les seuls au Canada à offrir un tel produit, dit Marc-André Déom. Et lors d'une foire internationale tenue en Allemagne, des acheteurs nous ont dit qu'ils n'avaient jamais vu ça. Depuis, on vend aussi en Europe. »

Pour revenir aux retailles, grâce au nouveau latex exempt de produits chimiques nocifs, elles peuvent maintenant être recyclées. Korhani les vend à une entreprise locale, qui les déchiquette et les transforme, entre autre, en un matériau isolant installé sur le plancher des voitures.

Vers un réseau de récupération

De plus, Korhani reprend ses tapis certifiés en fin de vie. Le consommateur doit cependant retourner à ses frais sa vieille carpette à l'usine, ce qui n'est pas l'idéal. Marc-André rêve d'un réseau de récupération installé chez les détaillants, comme c'est le cas au Québec pour les restes de peinture, par exemple. Jean-Marie Chevalier, conseiller en écoconception à l'IDP, est optimiste : « C'est la tendance. En Europe, cela existe déjà pour plusieurs produits. Le tapis pourrait être repris par un détaillant. Il s'agit de déterminer qui paie pour le système de collecte. Parfois, les fabricants d'une même industrie se rencontrent et élaborent un projet commun. »

Marc-André Déom a gagné la partie. Sa victoire lui a fait oublier les nombreuses déconvenues qui ont parsemé sa démarche. Natalie Blouin admire sa ténacité. Elle ajoute qu'heureusement, de plus en plus de programmes sont offerts aux entreprises pour leur faire gagner du temps, de l'argent et de l'énergie dans leur démarche pour fabriquer des produits plus respectueux de l'environnement.

Mais tout cela est déjà derrière; Marc-André Déom enchaîne en parlant de la deuxième gamme de tapis certifiés. Il la voit déjà dans sa tête.

Les critères de TerraChoice pour les tapis de surface