Chez Magnus, PDP et écoconception sont indissociables

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Le siège social de Magnus, à Boucherville (Photos: Magnus)Le siège social de Magnus, à Boucherville (Photos: Magnus)Magnus a réussi l'intégration de l'écoconception à son processus de développement de produits. Dans ses laboratoires, des chimistes s'affairent à créer les produits de demain.

Jean-Jacques Drieux nous reçoit dans son bureau jouxtant une aire ouverte en voie d'aménagement, dans la grande bâtisse de Magnus, le long de l'autoroute Transcanadienne, à Boucherville. Le vice-président Innovation-R-D de Magnus est fier de nous annoncer l'agrandissement des locaux du fabricant de produits chimiques industriels pour le nettoyage, la lubrification et le traitement des eaux. Voilà le signe d'une entreprise toujours en santé après plus de 65 ans !

Dans les laboratoires, des chimistes s'affairent à créer les produits de demain. Des produits, par exemple, qui aiderontJean-Jacques Drieux, vice-président Innovation - R&D chez MagnusJean-Jacques Drieux, vice-président Innovation - R&D chez Magnus les clients de Magnus à respecter le nouveau règlement 2008-47 sur l'assainissement des eaux de la Communauté métropolitaine de Montréal. À partir de janvier 2012, le taux de molybdène toléré dans les eaux de rejet sera de 100 à 5 ppm MO, le taux d'azote total kjeldahl passera de 300 à 70 ppm TKN, et ainsi de suite. « Beaucoup de nos clients nous appellent concernant ce règlement », dit Jean-Jacques Drieux.

Actif dans un marché directement touché par les nouvelles exigences environnementales, Magnus a toujours privilégié l'innovation responsable. Mais, il y a deux ans, Magnus a décidé de s'attaquer sérieusement à son processus de développement de produits pour l'améliorer et, du même coup, y intégrer l'écoconception. Tout un programme ! Aujourd'hui, c'est chose faite. Tout projet de nouveau produit doit passer le test de l'écocharte d'écoconception.

L'écocharte : un outil concret

Cette grille d'évaluation a été développée au cours d'un accompagnement avec Alexandre Joyce, conseiller à l'IDP, à la suite d'un diagnostic d'écoconception. Elle comporte six catégories, comme « l'efficacité de la production », « le choix des matières premières » et « la communication-marketing », qui ensemble, regroupent plus de 60 items à évaluer. Ce sont, par exemple, la biodégradabilité des rejets, la quantité de matière d'emballage, la distance à parcourir pour le transport des produits et la promotion d'une bonne image de la chimie. Chaque item est mesuré. La note de passage : 60 %. Tout projet qui ne l'obtient pas est automatiquement recalé. Ainsi, un projet de décapant a été écarté d'office parce qu'il était à base de solvant toxique. On vient d'engager un directeur technique chargé, entre autres, de voir à ce que tout projet de la division « Industriel » passe par la grille d'écoconception.

« Un outil d'écoconception, comme l'écocharte de Magnus, utilisé à mêmes ses pratiques de développement de produit, permet d'encadrer la discussion sur les enjeux environnementaux. Plus importante que le score final est la prise de décision éclairée qui en résulte », dit Alexandre Joyce.

Pour évaluer les projets de développement de produits, l'équipe de Jean-Jacques Drieux utilise d'autres outils, comme des bases de données Cette base de données affichant des informations sur des matières premières, relatives à leur toxicité, leur biodégradabilité, leur potentiel de corrosion de la peau, etc. D'ailleurs, Magnus possède son propre équipement de mesure de la biodégradabilité selon la norme OCDE 301F.

Idées nouvelles

L'introduction des principes du développement durable au processus de développement de produits a ouvert la porte à de nouvelles idées de produits. Avant, l'entreprise ne se souciait pas de la disposition de ses produits en fin de vie. « La disposition des matières dangereuses étant très réglementée, certains de nos produits coûtent aussi cher en fin de vie qu'à leur achat », explique Jean-Jacques Drieux. Sensibilisés à cet état de choses, les chercheurs de Magnus travaillent pour accroître la durée de vie d'un produit, ou améliorer sa régénération en fin de vie, en faisant appel au génie des procédés. Bref, l'approche « écoconception » a eu comme effet de faire naître une foule d'idées de nouveaux produits.

Le Monitour: une solution pour la gestion de la qualité de l'eau.Le Monitour: une solution pour la gestion de la qualité de l'eau.Surtout qu'elle arrive en même temps qu'un vent de fraîcheur : l'agrandissement des locaux est l'occasion pour revoir la communication interne. Pour favoriser la circulation de l'information et le transfert de connaissances à l'interne, une aire ouverte accueillera une dizaine d'employés de divisions différentes. Tout au bout du corridor, Jean-Jacques Drieux ouvre la porte sur son bébé : la salle de créativité, percée de larges fenêtres et au plafond élevé.

Le plus dur

Quand on intègre l'écoconception à son processus de développement de produits, le paysage s'est trouvé bousculé, évidemment. « Ce que nous trouvons le plus dur à gérer, c'est le syndrome du « tant qu'à faire », avoue Jean-Jacques Drieux. Les nouvelles perspectives de développement dévoilées par l'écoconception stimulent en effet les chercheurs, qui se piquent au jeu. Dans la lancée, ils veulent pousser plus loin l'exploration et ils découvrent toujours de nouvelles facettes du produit pouvant être améliorées. Le danger est d'aller plus vite que le client. Que vaut un produit génial du point de vue de l'environnement, mais qui ne se vend pas ? « Il faut savoir où s'arrêter et, pour cela, être très à l'écoute de nos clients », dit le vice-président Innovation.

Du même souffle, ce chimiste originaire de France ajoute que Magnus fait beaucoup d'éducation auprès de ses clients concernant les enjeux du développement durable et de l'industrie chimique. Il faut leur mettre l'eau à la bouche. C'est que les produits nettoyants écologiques, par exemple, ont la mauvaise réputation d'être plus chers et moins performants. « Notre objectif, c'est de développer des produits plus écologiques, qui soient au moins aussi efficaces que les produits traditionnels, avec une augmentation raisonnable du coût si cela doit arriver. »

Malgré ces difficultés, la nouvelle approche adoptée par Magnus permet déjà de dégager des profits et autres bénéfices. L'entreprise est en train de se positionner parmi les leaders de l'écoconception dans l'industrie canadienne des produits chimiques. « Au Québec, nous sommes moins avancés qu'en Europe, certes, mais nous distançons les États-Unis », dit-il. Avec le resserrement inévitable des normes et des règlements, l'avenir est décidément au vert, en chimie. La haute direction l'a compris et Denis Pichet, le président, ne s'adresse plus à ses troupes sans faire mention de l'écoconception. La prochaine ambition de Magnus ? Rédiger sa politique de développement durable et devenir une entreprise « carbone neutre ».

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